Exposition Irving Penn

Après Guy Bourdin, exposé au coeur de la maison Chloé cet été, c’est à la rencontre de l’un des maitres de la photographie du 20ème siècle : Irving Penn, que je suis allée.

Soixante-dix années de carrière, 240 tirages, un photographe. Une exposition qui retrace la carrière mais aussi la vie de l’Américain dans l’antre du Grand Palais.

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Si les sujets majeurs de son travail sont la mode, les natures mortes, les portraits, les nus et les scènes de rues, l’artiste était aussi très inspiré par les «petits métiers » qu’il a notamment photographiés en 1950.

D’abord assistant chez Harper’s Bazaar, l’homme débute avec son premier Rolleiflex en 1938. Des photographies peu ordinaires, messagères d’une atmosphère triste et austère, dû à la dépression économique.

En 1943, le magazine Vogue fait irruption dans la vie de l’artiste, avec une commande de natures mortes. Au travers de ses compositions, Irving Penn raconte des histoires et invite le spectateur à y déceler une trace de vie. Ces travaux m’ont beaucoup intriguée. On cherche une certaine cohérence entre les aliments, les couleurs et les objets disposés sur une table ou contre un mur. C’est le début d’une longue collaboration entre l’homme et le magazine puisqu’il y travaillera durant 60 ans et réalisera entre 1953 et 2004 plus de 165 couvertures, soit plus qu’aucun autre artiste.

Il participera à la Seconde Guerre Mondiale. Par après, le Directeur Artistique de Vogue lui demandera de réaliser des portraits de personnalités. Si les modèles sont désignés, le photographe a carte blanche en ce qui concerne les décors et l’éclairage. Ce sont ces portrait dépouillés de toute sophistication qui feront sa renommée.

En 1948, Vogue l’envoie à Lima, la capitale du Pérou, pour expérimenter la photo de mode en extérieur. Ses oeuvres sont témoins de la richesses de certaines traditions que l’on retrouve dans ses clichés pris à Cuzco, où des habitants en costumes traditionnels posent 3 jours durant.

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Quelques années plus tard, Irving Penn réalise une série intitulée « les cris de la rue». Des métiers immortalisés à Londres, Paris et New York. Le boucher, le boulanger, le sellier et de nombreux autres corps de métiers se prêtent au jeu. J’ai trouvé cette série amusante. Les objets utilisés par les protagonistes sont très peu subtils. Le message est clair, et le parti pris est évident. Irving Penn joue plus sur les expressions de ses modèles que sur leurs accoutrements, même si ceux-ci ont une place non négligeable dans les compositions. Il faut déceler dans chacun des regards, chacune des postures, les différentes émotions transmises et changeantes en fonction des professions.

L’artiste veut que ses portraits aient le même impact et la même force que des tableaux de Goya. C’est notamment pourquoi il n’est pas satisfait tant que son sujet ne s’est pas livré sur un terrain sensible, révélant un secret intime et donnant une toute autre dimension à l’intensité d’un regard, d’une pose.

Depuis ses début, c’est le nu féminin qui l’inspire. Il y consacre d’ailleurs une série complète. Entre sensualité et générosité de la chair, l’homme sculpte les corps par ses jeux de lumière.

Aussi sensible aux hommes qu’aux objets, il fera de la cigarette une série complète. Un sujet qui lui inspire le dégoût et le mépris puisque son mentor, Alexey Brodovitch décèdera d’un cancer du poumon. Il considère le mégot comme étant un résidu de plaisir consumé et éphémère.

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L’exposition se clôt sur des portraits d’écrivains, d’artistes, de couturiers et d’autres personnalités du monde de la culture. J’ai beaucoup aimé son portrait d’Issey Miyake, où seule une face de son visage est mise en exergue par la lumière. Cela donne un côté mystérieux au créateur. Ne sachant pas comment l’aborder, on se plonge dans l’obscurité à la recherche de détails et d’indices qui pourraient révéler des informations sur le protagoniste. De la rue au studio, l’homme est itinérant tout au long de sa carrière, s’adaptant à tout individu, toute culture et tout lieu, aussi impromptu soit-il.

Au travers de son objectif, il a su sublimer le vêtement, la femme et l’objet, leur donnant une intensité unique. J’ai particulièrement aimé ses cadrages surtout au début de l’exposition, avec des hors champs dynamiques et des compositions particulières guidant le regard vers un point précis.

« Le photographe moderne retrouve une part de lui-même dans chaque chose et une part de chaque chose en lui-même »

L’exposition est à découvrir jusqu’au 29 janvier 2018 au Grand Palais.

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